Mozart et nous, fantaisie radiophonique de Célimène Daudet et Anna Sigalevitch
Mozart et nous, fantaisie radiophonique de Célimène Daudet et Anna Sigalevitch © Roland Yvanez

Retour de Scène | Mozart et nous, fantaisie radiophonique de Célimène Daudet et Anna Sigalevitch au Théâtre des Bernardines

Mozart de vivre

 

Avec Mozart et nous, fantaisie radiophonique, la pianiste Célimène Daudet et la comédienne Anna Sigalevitch racontent, en notes et en mots, le compositeur autrichien aux enfants.

 

 

Esprit éveillé, prompt, délié, au point qu’autour de lui les compositeurs de la Vienne fin de siècle semblent paresser dans l’inertie des habitudes et des situations, Mozart est, comme Faust, l’impatience même. Remuant, bouillant, crépitant, il a désiré, possédé, perdu, regretté, brillé et flambé en prenant au passage, espérons-le, une part de la douceur de vivre. Seule sa musique a pu suivre le personnage de bout en bout en fondant toutes les émotions d’une vie tumultueuse dans une expression de valeur collective qui œuvre encore en nous.

Par un astucieux dispositif de dialogue, la pianiste Célimène Daudet et la comédienne Anna Sigalevitch ont su recréer cette illusion de chronologie perspective que constitue l’ensemble d’une existence humaine en partie noyée d’ombres desquelles émergent certains épisodes avec une netteté suffisante pour en rendre la présence intime et familière. Cela avec des mots justes et simples que le jeune public pouvait comprendre dans le même élan avec lequel il s’appropriait les notes que Wolfgang composait au même âge, car les enfants sentent avec plus d’acuité combien la facilité est le comble de l’art. Ainsi, sur la scène des Bernardines, la musique de Mozart trouvait un renforcement inattendu dans l’artifice théâtral d’un studio radiophonique et d’une interview journalistique pour une émission enfantine. Le compositeur s’y serait certainement senti à l’aise et aussi diverti dans le trait, le ton et la formule que petits et grands sur les gradins car, pas plus que nous ce jour-là, Mozart ne rechignait aux moyens que la musique peut s’offrir pour accroître l’étendue de ses effets.

Au gré des questions de l’une et des réponses musicales de l’autre se profilait un Mozart « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change.(1) » De portraits de famille en sonates, de scènes de genre en concertos, de paysages en symphonies, de tableaux historiques en opéras, de carnets de voyage en fantaisies, les deux artistes, visionnaires à l’égard d’un passé loin d’être passif, jetaient leurs coups d’œil prospectifs sur la personnalité multiple du compositeur et le rôle de son interprète aujourd’hui. Une mise à jour didactique et récréative accompagnée par une interprétation pianistique où ne manquait aucune des exigences de clarté, de précision et de naturel du langage mozartien, auxquelles s’ajoutait la touche ludique en phase avec un auditoire en culotte plus ou moins courte. Le format de la mise en scène, d’une efficacité millimétrée, semble taillé pour des déclinaisons futures. Restez branchés sur la fréquence.

 

Roland Yvanez

 

Mozart et nous, fantaisie radiophonique de Célimène Daudet et Anna Sigalevitch était présenté le 27/03 au Théâtre des Bernardines, dans le cadre de « Musique en Partage » du Festival de Pâques

 

 

 

 

 

 

Notes
  1. Stéphane Mallarmé, Le tombeau d’Edgar Poe []