Marseille d’hier, historiens d’aujourd’hui 

Colloque proposé par l'Académie de Marseille et réunissant philosophes, historiens, écrivains et artistes

Fondée par les Grecs, antique comme Rome, Marseille, la première ville de l'occident européen, ouverte sur les mers du globe et accueillante à tous les peuples de la terre, est riche de 2.600 ans d'histoire. Longtemps perçue comme une ville sans traces de son passé après avoir été la "Ville-sans-nom" sous la Terreur révolutionnaire, elle dévoile maintenant au contraire, depuis quelques décennies, grâce au travail des archéologues et des historiens qui se penchent nombreux sur son passé, la richesse d'une histoire au carrefour des cultures dont on peut suivre le long parcours depuis cette carrière des origines du quartier Saint Victor que la pression immobilière n'a malheureusement pas épargnée. Marquant la réconciliation de la ville avec son passé, elle ouvrait en 2013 le plus grand musée d'histoire d'une ville en Europe.

Dans le prolongement de cet élan dynamique, l'Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille, depuis près de trois cents ans gardienne de sa mémoire, propose maintenant ce colloque qui rassemblera quelques-uns des meilleurs témoins - historiens et archéologues - qui puissent aujourd'hui nous faire partager son histoire et leurs raisons de l'aimer.

 

Liste des intervenants

Régis Bertrand, Patrick Boulanger, Xavier Daumalin, Renée Dray-Bensoussan, Fabrice Denise, Catherine Dureuil, Daniel Faget, Jean Guyon, Jean-Yves Le Naour, Robert Mencherini, Manuel Moliner, Arnaud Ramière de Fortanier, Eliane Richard, Henri Tréziny

 

BMVR Alcazar
Les 16 et 17 sept. : jeu 10h-12h et 14h-18h30 - ven 10h-12h15 et 14h30-17h30
Entrée libre
https://www.academie-sla-marseille.fr
58 cours Belsunce
13001 Marseille
04 91 55 90 00

Article paru le mercredi 15 septembre 2021 dans Ventilo n° 450

Colloque « Marseille d’hier, historiens d’aujourd’hui »

Marseille : une ville sans histoire ?

 

L’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille organise, les 16 et 17 septembre, le colloque « Marseille d’hier, historiens d’aujourd’hui », histoire de rendre intelligible les relations de la ville avec son passé et comprendre de quoi notre intimité collective est pétrie.

  Il est vrai que les traces du passé sont discrètes dans le paysage urbain. Aucune arène dressée au-dessus des toits, aucun temple monumental sur l’emblème desquels bâtir l’image symbolique de la plus ancienne ville de France. Notre-Dame de la Garde et les grandes érections d’architecture romano-byzantine n’ont guère plus d’un siècle et demi. Les vestiges anciens sont modestes, lacunaires, comme si la ville avait été réticente à la conservation, antithèse de l’esprit marchand où tout est circulation et renouvellement. L’histoire de Marseille n’est pas gravée dans le marbre. Cependant, le hasard n’a de cesse de s’interposer aux influences les mieux installées. À l’occasion d’une opération immobilière, les grandes fouilles de sauvetage de la Bourse à partir de 1967 (puis celles de la place Jules Verne à partir 1992) provoquent un bouleversement des savoirs sur le fondement urbain initial et, accessoirement, une controverse restée dans les annales entre le ministre de la Culture et le maire de l’époque (Malraux versus Deferre) car, en même temps que les souvenirs d’enfance de la ville, la richesse des découvertes éveille les consciences marseillaises à l’injonction patrimoniale. Le dégagement de l’infrastructure portuaire du VIe siècle av. JC jusqu’au début de notre ère va faire apparaître, entre autres, plusieurs épaves spectaculairement conservées, aujourd’hui présentées dans le plus vaste espace muséal d’Europe consacré à l’histoire d’une ville. Contrairement aux sources littéraires déjà connues, ces objets du quotidien que l’archéologie révèle donnent la parole aux Massaliotes anonymes qui, par-delà les siècles, nous invitent à faire connaissance.   Action ! Dès la première communication, Fabrice Denise, directeur du musée d’Histoire de Marseille, et Catherine Dureuil, conseillère à la Direction de l’action culturelle de la Ville en charge du patrimoine, préciseront ensemble comment, au moyen de la diffusion des découvertes archéologiques, la conscience de son vécu est devenue un atout pour la ville et ses habitants. En premier lieu, une ressource d’harmonie : connaître ses origines  n’est pas « hisser le pavillon identitaire, mais se mettre en état de tenir compagnie à toutes les autres branches du grand arbre humain ((Régis Debré, dans Le Monde des religions, juillet-août 2006))», comme l’ont montré les festivités de la commémoration des 2600 ans de la fondation de Marseille en 1999, aussi bien que le remarquait Giacomo Casanova de passage sur le Vieux-Port deux siècles plus tôt : « Il me semble voir partout la liberté de mon pays natal dans le mélange que j’observe de toutes les nations. ((Ce qui ne manque pas de sel si l’on songe qu’il y fuyait l’inquisition vénitienne. Histoire de ma vie, 1760))» En second lieu, une médiation de compétence (que l’on souhaiterait davantage considérée) pour la prise en compte d’un développement urbain attractif ; la mise en valeur des fortifications antiques au Jardin des Vestiges en est une belle illustration. C’est précisément l’un des terrains les plus actifs de l’Académie de Marseille. Son président Jean-Noël Bret et Régis Bertrand, directeurs scientifiques du colloque, ont invité les spécialistes des grandes époques qui ont scandé, depuis le foyer gréco-ligure jusqu’au XXe siècle, le développement de la cité. En continuation des communications de Didier Pralon, professeur de littérature grecque, et de l’archéologue Manuel Moliner sur les époques grecque puis romaine, Jean Guyon, directeur de recherche au CNRS, évoquera la crépusculaire et fascinante période fin d’empire pendant laquelle les évêques prennent une part croissante dans l’administration des villes et des populations. Dans la première moitié du Ve siècle de notre ère, une vaste cathédrale va s’ériger sur l’emplacement actuel de la Major et s’inscrire dans la longue durée panoramique du site. Spécialiste de l’histoire économique et sociale, Xavier Daumalin fera le point sur l’étude des évolutions portuaires aux époques modernes et contemporaines. Jean-Yves Le Naour et Robert Mencherini reviendront sur la réputation et l’image paradoxale de la métropole pendant les deux guerres mondiales. Ce colloque marque délibérément la volonté d’interroger les pratiques et les procédures du métier d’historien. Le questionnement historiographique sera au centre des sujets abordés par Éliane Richard dans une mise en miroir de ses travaux et de sa ville d’adoption. Régis Bertrand soulignera, au travers des particularismes du cimetière Saint-Pierre, l’intérêt d’étudier la cité des défunts, « témoignage des sensibilités, des sentiments familiaux et des attitudes devant la mort, voire des migrations. » Vif, le coup de fourchette d’Adolphe Thiers révèlera les goûts culinaires d’un bourgeois provençal à Paris ; Patrick Boulanger, directeur de la revue Marseille, nous convie à sa table. Au confluent de l’océanologie et des disciplines historiques, Daniel Faget retracera la chronique de la biodiversité sur le littoral marseillais du XVIIIe à nos jours. Arnaud Ramière de Fortanier nous entretiendra de sa passionnante profession d’archiviste-paléographe qu’il a exercée au service de la ville dans le remue-ménage des années 1968, tandis que Renée Dray-Bensoussan abordera la difficile construction d’une histoire des juifs à Marseille. Ce programme a trouvé, avec d’heureuses façons de faire, le moyen d’assembler l’exégèse et la réflexion avec l’action de terrain et la transmission pédagogique où puiser quelques motifs d’espérance.   Réaction ! En effet, que peut l’Histoire en ces temps de négationnisme du réel où toute information est écartée quand elle n’est pas spectaculaire et clivante ? Que peut l’Histoire face au déluge de sources frauduleuses, anonymes, virales ? Que peut l’Histoire face à la propagande et à l’absence de recul critique ? « Dissiper les certitudes innocemment inaperçues », répondait Patrick Boucheron dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 2015. Ce sont certainement les plus sournoises. Hélas, l’évidence de son propre point de vue n’est pas toujours innocente. La mauvaise foi, la manipulation, la désinformation travaillent sans cesse à en renforcer l’illusion. C'est à des institutions comme l’Académie de Marseille qui, depuis le Siècle des Lumières, eurent à se garder du dogmatisme religieux, de la Terreur révolutionnaire, des idéologies complotistes visant tour à tour les Jésuites, les francs-maçons, les juifs ou le grand Capital, toutes ces logiques binaires d’identité et d’exclusion pour lesquelles l’anathème et l’outrage tiennent lieu de dialectique, c’est à de telles institutions qui ont fait la preuve de leur inlassable faculté de discernement, de relever les défis d’aujourd’hui en défendant plus que jamais la vérité factuelle, l’argumentation raisonnée, la mise à l’épreuve des méthodologies, tous les impératifs de sécurité de la science, en cultivant ce que les Grecs nous ont laissé de plus précieux, le sens civique. Mais par ce qu’elle est également Académie des Lettres et des Arts, elle saura nous faire percevoir que, semblablement à la beauté, l’Histoire se présente comme une énigme. Invitation à démêler les intrigues de « son roman vrai ((Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire (Éditions du Seuil))) », sans jamais pouvoir en épuiser le mystère.  

Roland Yvanez

 

Colloque « Marseille d’hier, historiens d’aujourd’hui » : les 16 & 17/09 à la Bibliothèque l’Alcazar (Cours Belsunce, 1er). Rens. : http://www.academie-sla-marseille.fr / https://www.journalventilo.fr/agenda/divers/110436/marseille-d-hier-historiens-d-aujourd-hui

 

Hommage à Henri Tréziny


  Éminent spécialiste du « réseau phocéen » en Méditerranée antique, Henri Tréziny devait participer à ce titre au colloque de l’Académie de Marseille. Il est décédé cet été. Il fut l’un des principaux animateurs de la fouille du chantier de la Bourse, dont il fit un cas exemplaire d’archéologie urbaine. Ses travaux ont accompagné et déterminé durant des décennies le dévoilement des premiers siècles de Marseille. L’autre grand chapitre de sa carrière le conduisit en Sicile sur le site de Megara Hyblaea, où ses travaux de recherche lui valurent une notoriété internationale. En 2013, un volume d’hommages ((L’Occident grec de Marseille à Mégara Hyblaea. Hommages à Henri Tréziny, Éditions Errance, Arles. )) a réuni les contributions d’historiens de divers horizons articulées « autour des terrains de prédilection et des centres d’intérêt qu’Henri Tréziny a développés pendant son parcours scientifique, d’abord en Italie méridionale, notamment à partir de son séjour comme membre à l’École française de Rome (1977-1980), et ensuite à Marseille au Centre Camille Jullian (CNRS). » Destinée à un large lectorat, la riche bibliographie de ce promoteur du savoir historique entretiendra longtemps le souvenir de son activité passionnée au service de la recherche archéologique.  

RY